14 octobre 2008

Sur le site de Autonomia.

Plusieurs lettres et courriels ont été adressés au Conseil pour dénoncer dans les médias l’emploi systématique du mot « handicapés » pour désigner les personnes handicapées.

L’emploi de « handicapé » comme substantif n’est pas linguistiquement condamnable en soi. Participe passé devenu adjectif, puis substantif, il est attesté comme tel dans les dictionnaires. Il fut fréquemment cité dans les chroniques consacrées à la langue française pour illustrer les liaisons erronées avec le h dit aspiré (les//handicapés et non les z’handicapés, le handicap et non l’handicap).

Cependant, depuis une vingtaine d’années, il est ressenti comme aussi péjoratif, aussi discriminatoire et aussi stigmatisant que l’étaient antérieurement les mots « invalides » ou « infirmes », qu’il a du reste remplacés pour les mêmes raisons.

Pour les personnes handicapées, l’adjectif substantivé est ressenti comme réducteur puisqu’il définit une personne par son handicap, l’adjectif servant à qualifier et non à dénommer. À lui seul, il symbolise toutes les idées préconçues, dénoncées lors du Congrès européen des personnes handicapées à Madrid en mars 2002, parmi lesquelles celle de « la déficience comme seule caractéristique de la personne ».

Cet emploi va à l’encontre de toutes les actions menées en 2003 lors de l’Année européenne des personnes handicapées (AEPH). C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le Comité français de coordination de l’AEPH avait clairement annoncé aux organisateurs des différentes manifestations désireux d’utiliser le logo de l’AEPH qu’ils s’engageaient à proscrire de toute communication le terme « handicapés » seul, pour n’utiliser qu’une terminologie précise et respectueuse des personnes, telle que « personnes handicapées », « personnes en situation de handicap », « citoyens handicapés », « personnes avec des besoins spécifiques ». Il est évident que l’emploi du terme « personne » vaut aussi pour les différentes catégories de handicap : « personnes sourdes ou malentendantes », « personnes aveugles ou malvoyantes », etc.

L’Année européenne des personnes handicapées visait à sensibiliser le public aux droits des personnes handicapées, à encourager la réflexion, la discussion et l’action sur les mesures requises afin de promouvoir l’égalité des chances et de contribuer à changer l’attitude du public vis-à-vis des personnes handicapées.

En 2003, plus de 38 millions de personnes dans les pays de l’Union européenne, soit 10 % de la population totale, souffraient d’un handicap. Un Européen sur quatre a un membre de sa famille porteur d’un handicap.

Parce que les mots sont importants, parce qu’ils peuvent choquer, gêner ou blesser, loin de toute police du langage, le Conseil recommande aux journalistes et animateurs de préférer l’expression plus précise « personnes handicapées », ainsi que l’ont fait la Belgique, le Luxembourg ou le Québec.
Auteur : Conseil supérieur de l\'audiovisuel (CSA) FRANCE