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20 avril 2008

Hommage à aimé Césaire


Obsèques nationales pour Aimé Césaire



Les obsèques nationales d'Aimé Césaire, poète de la "négritude" et des Antilles", débuteront dimanche à 20h30 au stade de Fort-de-France, en présence du président Nicolas Sarkozy et de nombreuses personnalités politiques. L'hommage de la nation à un écrivain est exceptionnel, trois d'entre eux seulement ayant eu des obsèques nationales depuis le XIXè siècle, Victor Hugo, Paul Valéry en 1945, et Colette en 1954.

18 avril 2008

Aimé Césaire: Partir

Partir.
Comme il y a des hommes-hyènes et des hommes-
panthères, je serais un homme-juif
un homme-cafre
un homme-hindou-de-Calcutta
un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas

l'homme-famine, l'homme-insulte, l'homme-torture
on pouvait à n'importe quel moment le saisir le rouer
de coups, le tuer - parfaitement le tuer - sans avoir
de compte à rendre à personne sans avoir d'excuses à présenter à personne
un homme-juif
un homme-pogrom
un chiot
un mendigot

mais est-ce qu'on tue le Remords, beau comme la
face de stupeur d'une dame anglaise qui trouverait
dans sa soupière un crâne de Hottentot?



Je retrouverais le secret des grandes communications et des grandes combustions.
Je dirais orage. Jedirais fleuve. Je dirais tornade. Je dirais feuille. Je dirais arbre.
Je serais mouillé de toutes les pluies,humecté de toutes les rosées.
Je roulerais comme du sang frénétique sur le courant lent de l'oeil des mots
en chevaux fous en enfants frais en caillots en couvre-feu en vestiges de temple
en pierres précieuses assez loin pour décourager les mineurs.
Qui ne me comprendrait pas ne comprendrait pas davantage le rugissement du tigre.
Et vous fantômes montez bleus de chimie d'une forêt de bêtes
traquées de machines tordues d'un jujubier de chairs pourries d'un panier d'huîtres d'yeux
d'un lacis de lanières découpées dans le beau sisal d'une peau d'homme
j'aurais des mots assez vastes pour vous contenir

et toi terre tendue terre saoule
terre grand sexe levé vers le soleil
terre grand délire de la mentule de Dieu


terre sauvage montée des resserres de la mer avec
dans la bouche une touffe de cécropies
terre dont je ne puis comparer la face houleuse qu'à
la forêt vierge et folle que je souhaiterais pouvoir en
guise de visage montrer aux yeux indéchiffreurs des
hommes

Il me suffirait d'une gorgée de ton lait jiculi pour qu'en toi
je découvre toujours à même distance de mirage -
mille fois plus natale et dorée d'un soleil que n'entame nul prisme -
la terre où tout est libre et fraternel, ma terre.

Partir. Mon coeur bruissait de générosités emphatiques.
Partir... j'arriverais lisse et jeune dans ce pays mien
et je dirais à ce pays dont le limon entre dans la composition de ma chair :
« J'ai longtemps erré et je reviens vers la hideur désertée de vos plaies ».

Je viendrais à ce pays mien et je lui dirais :
Embrassez-moi sans crainte... Et si je ne sais que parler, c'est pour vous que je parlerai».
Et je lui dirais encore :
« Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche, ma voix,
la liberté de celles qui s'affaissent au cachot du désespoir. »

Et venant je me dirais à moi-même :
« Et surtout mon corps aussi bien que mon âme,
gardez-vous de vous croiser les bras en l'attitude stérile du spectateur,
car la vie n'est pas un spectacle,car une mer de douleurs n'est pas un proscenium,
car un homme qui crie n'est
pas un ours qui danse... »

Aimé Césaire

Extrait du
Cahier d'un Retour
au pays natal

(Présence Africaine éditeur)

08 février 2008

Aimé Césaire

Ecoutez le monde blanc
horriblement las de son effort immense
ses articulations rebelles craquer sous les étoiles dures
ses raideurs d'acier bleu transperçant la chair mystique
écoute ses victoires proditoires trompeter ses défaites
écoute aux alibis grandioses son piètre trébuchement
Pitié pour nos vainqueurs omniscients et naïfs !

Aimé Césaire (1913