03 août 2008

Le deuil.

Y a-t-il des personnes plus exposées aux complications d'un deuil ?
ima25207.gif (95 octets)Toutes les personnes fragiles de manière habituelle ou fragilisées temporairement par des circonstances particulières, que ce soit sur le plan de la santé physique, de l'équilibre mental ou de l'insertion sociale sont sujettes à ressentir plus durement les effets traumatisants du deuil.
Les personnes à risque sont :
  • les malades, que ce soit physiquement ou mentalement,
  • les personnes présentant des troubles de la personnalité sans pathologie mentale déclarée,
  • les personnes immatures qui entretiennent des relations marquées par une grande dépendance et une intense ambivalence,
  • toutes les personnes solitaires et isolées.
Les difficultés proviennent ainsi :
  • des circonstances tragiques de la perte, accident, catastrophe, assassinat, morts multiples, disparitions, etc.
  • une circonstance du décès rend également le deuil plus difficile: c'est le cas du suicide,
  • de la nature de la personne disparue : le deuil d'un enfant est toujours très difficile même s'il était encore très petit.
ima25207.gif (95 octets)Les personnes âgées constituent une autre population à risque.
A cet âge les risques du deuil sont surtout représentés par une détérioration éventuelle de la santé physique et par la solitude qui peut devenir un facteur de dépression lorsqu'elle est trop importante et mal supportée. La mortalité chez les veufs âgés est particulièrement importante ; elle est plus modérée chez les veuves. Les deuils, au grand âge, décompensent souvent les affections chroniques en cours et révèlent des perturbations somatiques bien tolérées jusque-là.
Comment apporter une aide aux endeuillés ?
1 - Aider les personnes en deuil, c'est en premier lieu être avec elles. Ce qui est quasiment instinctif dans les premiers moments du deuil des personnes que nous aimons, devient beaucoup moins évident et moins facile au bout de quelques semaines ou quelques mois. C'est justement entre le deuxième et le sixième mois que l'endeuillé se sent le plus isolé ; il n'a pas envie de prendre l'initiative de contacts et attend qu'on vienne à lui.
Etre avec une personne en deuil, c'est d'abord l'écouter. Il se trouve que les endeuillés passent par des états différents. Tantôt ils ont envie de parler inlassablement de la personne qu'ils ont perdue, tantôt ils n'ont plus envie d'en parler; ils restent silencieux. Les aider c'est aussi rester silencieux auprès d'eux.
Bien souvent, les personnes en deuil qui viennent consulter leur médecin pour divers symptômes ne souhaitent, en fait, qu'une écoute ; elles ont besoin de parler ; pour diverses raisons, elles ne peuvent s'exprimer dans leur milieu familial.
Cette attitude, à première vue si simple, est, dans la réalité, bien difficile ; elle demande de savoir rester passifs, à 1 'écoute, non interventionnistes, de savoir résister à l'envie de consoler, de faire quelque chose. Et la proximité de la mort n'est pas si simple à supporter.
Etre avec une personne en deuil c'est aussi s'efforcer de prévenir ses besoins et ses désirs; c'est l'aider à s'occuper d'elle-même. Ce peut-être aussi parfois de la ramener à la réalité, à la nécessité de certaines tâches, de certaines démarches.
2 - Pour favoriser de plus le bon déroulement du deuil, il faut pouvoir exprimer son chagrin et toutes ses émotions douloureuses. L'endeuillé a besoin de pleurer la personne aimée aussi longtemps et aussi intensément qu'il le faut sans recevoir d'autres consolations qu'un contact physique, des bras, une épaule et un regard compatissant qui ne se détourne pas. Les paroles de consolation sont inutiles, voire déplacées. L'endeuillé ne veut pas être consolé ; il se vit inconsolable. Une partie de lui s'en va avec son amour et son chagrin en fait partie. N'essayons pas maladroitement de l'atténuer en l'assurant qu'il diminuera avec le temps. Le temps, il est vrai, est le seul vrai consolateur du deuil mais l'endeuillé récent ne veut pas encore l'entendre.
C'est bien en parlant et en reparlant de la personne décédée que l'endeuillé vit peu à peu son chagrin. Mais une partie en restera toujours secrète ; le deuil est une grande épreuve de solitude même lorsqu'on est bien accompagné.
Mais que faire pour ceux qui ne pleurent pas, ceux qui ne montrent rien, les stoïques, ceux qui font comme si rien n'était arrivé ? De quel droit les faire pleurer et y arriverait-on ? Les défenses ont toujours leurs raisons d'être et même si elles nous paraissent risquées elles sont en fait la moins mauvaise solution au moment donné. Essayer d'aider ces endeuillés récalcitrants, c'est encore être auprès d'eux, être avec eux et leur parler discrètement, pour autant qu'ils l'acceptent, de la personne disparue.
3 - Le manque actuel de familiarité avec la mort, souvent la difficulté à surmonter les épreuves donnent le sentiment à l'endeuillé d'être entré dans un état anormal. Il est vrai que si le deuil normal n'est pas une maladie, il réalise cependant une sérieuse perturbation de l'équilibre habituel.
L'un des rôles du médecin traitant, lorsqu'il est consulté, est de rassurer les personnes en deuil et leur famille, de leur faire comprendre la normalité et la nécessité du deuil, de les encourager à parler entre eux de la personne disparue et à partager leurs émotions douloureuses.
4 - Au niveau des enfants, il est essentiel de bien les garder au sein de la vie de la famille au cours de la maladie, des derniers moments, de la mort, des funérailles, de l'enterrement et du deuil. On ne va pas les en écarter comme on a encore trop souvent tendance à le faire sous des prétextes fallacieux et erronés. Mais cela signifie qu'ils vont faire l'objet d'une attention constante. On doit toujours leur parler, toujours s'efforcer de répondre à leurs questions. Et c'est tout naturellement qu'ils viendront, accompagnés, dire adieu au défunt, pour se construire des souvenirs de la personne disparue, Il est nécessaire de dire à l'enfant :
  • qu'il n'est pas responsable car c'est toujours ce qu'il a tendance à penser,
  • qu'il n'est pas en danger de mourir lui aussi car, dans ces circonstances, il pense que lui aussi peut être emporté par une maladie ou un accident,
  • qu'on va continuer à s'occuper de lui le mieux possible ; il sent bien que cette mort dans la famille va entraîner des changements importants dans sa vie,
  • qu'on va continuer à aimer la personne disparue et qu'on ne vu pas l'oublier.

Il est bien rare que le parent restant, déjà si bouleversé par son propre deuil, soit en état de parler ainsi à son enfant. C'est alors le rôle de la famille, des grands-parents, des oncles et tantes... Mais à défaut, c'est le médecin de famille qui parlera à l'enfant endeuillé et qui encouragera tous les proches à continuer de parler de la personne décédée et à exprimer ensemble leur chagrin, faute de quoi l'enfant ne saurait le faire seul.
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Jacques DOILLON dirige Victoire sur le tournage de " Ponette ", l'histoire d'une petite fille qui refuse la mort de sa mère.
Pour ce projet, le réalisateur cherchait des tout petits enfants capables de parler de la mort.
" Avant d'écrire le scénario, dit-il, j'ai commencé par réaliser un documentaire sur le sujet dans les maternelles. On a tourné à Paris, à Lyon, Nantes et Marseille. Pendant ce temps-là, on en profitait pour faire le casting. Au début, je pensais à un enfant de 6 ans, mais à cet âge, le discours sur la mort est déjà celui des parents... Quand j'ai connu Victoire, elle avait 3 ans et demi ..." (Télérama n° 2399 - 3 janvier 1996)
Et lorsque le deuil est plus difficile ?
Il est facile de prévoir qu'un deuil sera plus difficile en raison de facteurs de risque, qu'ils viennent de la personne en deuil ou des circonstances de la mort, en particulier, le suicide. Ailleurs, c'est après quelques semaines, quelques mois d'évolution que l'entourage se rend compte que les choses n'évoluent pas, que l'endeuillé est encore très abattu, en pleine souffrance, qu'il a beaucoup de mal à vivre, à faire face.
Plusieurs possibilités s'offrent alors pour instaurer le suivi nécessaire de cette personne en difficulté; elles dépendent surtout de la nature de la relation de l'endeuillé avec son médecin :
  • si elle est suffisamment et positivement établie, le médecin lui-même est tout indiqué pour l'assurer, à condition qu'il soit habitué, dans sa pratique, à accorder suffisamment de temps à l'écoute de ses patients.
    La question d'une aide médicamenteuse se pose assez souvent et doit être envisagée sans a priori. C'est l'intensité des symptômes d'insomnie, d'anxiété et de dépression qui conduit à une prescription qui, lorsqu'elle est indiquée, se fera toujours après l'écoute, comme une aide supplémentaire.
  • autrement, et encore plus si l'endeuillé désire rencontrer d'autres personnes dans sa situation, le contact sera établi avec une association (voir adresses ci-contre) qui propose son aide (professionnels et bénévoles formés) par l'écoute téléphonique, des entretiens et des groupes de parole, les uns plus orientés vers l'entraide mutuelle, les autres vers le soutien psychologique.
  • quant aux endeuillés devenus malades physiquement ou mentalement, ils doivent être orientés par leur médecin, vers l'association ou leur famille vers un spécialiste.

En aidant les gens à regarder la mort comme une éventualité naturelle de la vie, le deuil comme une épreuve nécessaire et non comme une maladie dont il faudrait se cacher, en les encourageant à partager ouvertement leurs chagrins et leurs peines et à parler ensemble de leurs disparus, en accompagnant les endeuillés en difficulté et en les orientant vers des associations qui peuvent les prendre en charge et les sortir de leur isolement, en prenant un soin particulier des enfants au niveau de leur évolution et des vieillards au niveau de leur santé, nous avons un grand rôle à jouer pour soulager les souffrances de nos contemporains et éviter qu'elles ne donnent lieu, par la suite, à des complications touchant la santé des populations et la cohésion sociale. 
ADRESSES UTILES
ima25205.gif (1214 octets) VIVRE SON DEUIL
17, rue Feutrier - 75018 PARIS Écoute téléphonique (1) 42.23.15.00
L'Association propose un soutien aux endeuillés grâce à l'écoute téléphonique, la correspondance, la conduite d'entretiens individuels, les réunions de groupes de parole et de soutien psychothérapique.
VIVRE SON DEUIL est soutenue par : la Fondation de France, les Pompes Funèbres Générales, l'Institut Electricité Santé, organe de mécénat des professions de l'électricité.
ima25205.gif (1214 octets) GROUPE INTER ASSOCIATIF GRENOBLOIS POUR L'AIDE AUX ENDEUILLÉS
Tél. : 76.03.13.11
ima25205.gif (1214 octets) APPRIVOISER L'ABSENCE
Aide aux parents qui ont perdu un enfant
Tél. : (1) 46.66.56.43

Document réalisé par l'ADOSEN avec le concours du Docteur Michel HANUS, Psychiatre-Psychanalyste,
Président de l'Association Vivre son Deuil
Tous droits de reproduction soumis à autorisation de l'Adosen (Conseillers médicaux : Dr Ch. AUBERT - Dr A. BEAUPLET)
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L'éducation au service de la santé
Tour Maine-Montparnasse - 34e étage
33, avenue du Maine - 75015 Paris
Tél. : 01 45 38 71 93 - Fax 01 43 20 33 87
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Cette campagne d'information sur le deuil
est réalisée avec le soutien de la MOCEN - la Mutuelle des Associations
15, rue du Louvre - 75001 PARIS - Tél. : (1) 42 36 71 42
Pour mon beau-frère