25 juin 2008

Enfants de professeurs sur le même pieds d'égalité avec les autres?

Victor, un élève de CP, a parié que M. Martin, le nouveau maître de la classe, allait tourner sa moustache avec ses doigts et qu'il enlèverait ses chaussures. Et M. Martin l'a fait. Victor serait-il un devin ou, comme il l'affirme, a-t-il le pouvoir mystérieux de faire faire ce qu'il veut à son professeur ? s'interrogent ses camarades avec fascination et un brin d'inquiétude. Non, rien de tout cela. En fait, Victor, le héros du roman des Premiers j'aime lire (Bayard) de septembre, est simplement... le fils de M. Martin. Car, on l'oublie parfois, les enseignants ont aussi des enfants. Et pour cette classe à part, la frontière entre la maison et l'école devient poreuse. D'autant plus si les uns et les autres se croisent dans le même établissement ou encore se retrouvent ensemble dans la même classe !

Combien d'enfants vivent-ils leur scolarité en famille ? Combien sont-ils à s'entendre dire : «C'est pas juste, ta mère t'aide» ou «Fais gaffe, ton père va le savoir» ? Aucune enquête ne permet de le dire avec précision, mais les résultats du recensement de la population de 1999 donnent une indication. Ainsi, sur les 11 millions d'enfants âgés de quatre ans à dix-huit ans, 601 000 ont déclaré avoir une mère enseignante ou institutrice et 385 521 un père enseignant ou instituteur.

Les enfants d’enseignants ont plus de chances que les autres de suivre un parcours scolaire sans faute.

Une minorité, certes, mais qui n'en est pas moins particulière. Ces parents profs sont-ils des parents comme les autres ? Leurs enfants, des enfants comme les autres ? Comment les uns et les autres portent-ils et supportent-ils leur double casquette ? Les seules études objectives sur cette catégorie à part s'intéressent à la réussite scolaire des élèves d'enseignants. Là, les chiffres le confirment, naître fils ou fille de prof est une valeur sûre : les enfants d'enseignants ont plus de chances que les autres, quels qu'ils soient, de suivre un parcours sans faute. De la maternelle au supérieur, ils se concentrent dans les meilleures filières (il arrive qu'ils soient regroupés dans les mêmes classes !), ils ne «décrochent» presque jamais, ne suivent que marginalement des études professionnalisantes et sont surreprésentés dans les plus grandes écoles. Ainsi, selon l'évaluation du ministère de l'éducation nationale, ils représentaient 7,6 % des admis à la session 2003 du bac général, mais ont fourni 8,9 % des mentions «assez bien», 12 % des mentions «bien» et 17 % des mentions «très bien». Comment s'explique ce phénomène général qui perdure de génération en génération ? «La raison principale réside dans le fait que tous les parents qui exercent le métier d'enseignant sont des initiés, explique Marie Duru-Bellat, sociologue à l'université de Bourgogne et chercheur à l'Institut de recherche sur l'économie de l'éducation (Irédu). Comme ils sont logiquement les mieux informés sur le système scolaire, à chaque fois qu'il y a un choix à faire, ils font le bon», observe-t-elle.

Une explication admise par les intéressés eux-mêmes. Pour autant, doit-on considérer que tous les parents-profs vivent leur condition à l'identique et se comportent de la même manière avec leurs enfants ? «Non, affirme Marie Duru-Bellat, car il n'existe pas de profil type du parent prof et de l'enfant de prof.» En effet, comme tous les parents, ceux qui enseignent les mathématiques, les langues ou le dessin ont un tempérament, une histoire, des convictions et des valeurs qui leur sont personnels. Et comme tous les élèves, ceux qui rejoignent leurs parents sous la bannière de l'école sont d'abord des enfants, eux aussi uniques et tous différents. Chaque situation, chaque attitude éducative est le résultat de la combinaison de multiples facteurs. Ainsi, Anne, professeur de lettres dans un lycée de Marseille, est particulièrement attentive à développer chez ses enfants d'autres qualités que les seules qualités intellectuelles, telles que l'engagement, le sport et l'expression artistique. Au point que Charlotte, son aînée, actuellement en troisième n'hésite pas à dire à son propos : «Maman, c'est un prof super-cool avec nous. Elle nous répète sans cesse : "Ce n'est pas seulement l'école qu'il faut aimer, mais la vie."» Il est vrai que cette mère prof qui déborde de vitalité a grandi auprès de parents profs qui, selon elle,

«ne pensaient qu'aux notes et ne jugeaient leurs enfants qu'à travers elles». «J'avais l'impression que toute une partie de moi-même n'était pas aimée ni encouragée, avoue-t-elle, et je n'ai pas voulu reproduire la même chose avec mes enfants.» Autre exemple, celui de François, professeur d'éducation physique et sportive dans un collège situé en zone d'éducation prioritaire et père de deux filles dont la première vient d'entrer en CP. «Quand je discute avec l'autre professeur d'EPS (éducation physique et sportive) du collège, dit-il, je réalise que nous n'avons pas les mêmes valeurs. Ainsi, pour moi qui fus élevé à la dure, comme on dit, la notion d'effort a toujours été plus importante que les résultats, alors que pour lui, "seul le résultat compte". Bien évidemment, cette différence se retrouve dans notre manière d'enseigner et d'élever nos propres enfants.»

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j'ai des amis dans l'enseignement. Ces parents n'aident pas plus leurs enfants que les autres. Par leur fils jugé très en avance a obtenu un saut de classe sans difficulté ni rien à prouver.
Je sais à quel point ils tiennent à la démocratie de l'enseignement, eux ne demande rien mais on leur propose des solutions que d'autres n'arrivent pas obtenir.