14 mars 2008

Scolarisation des enfants précoces à Toulouse



Presse Précocité
"On ne fait pas d'élevage de cerveaux ou de petits singes savants ! On cherche avant tout à ce que ces élèves soient heureux."

Martine Bénezet est responsable pédagogique des 6e du collège privé Montalembert-Notre-Dame. Parmi ces classes, la 6e C ou 6e EIP. EIP pour Elèves Intellectuellement Précoces' présentant plus de 130 de quotient intellectuel. Unique en Haute-Garonne, cette classe ouverte en septembre inaugure la première filière du secondaire adaptée aux EIP.

Pour l'instant, ils sont 25, âgés de 9 à 11 ans, enfants presque comme les autres. A leurs côtés, une équipe pédagogique enthousiaste et attentive, consciente du fragile équilibre de l'entreprise. Une concertation forte et suivie entre les parents, les professeurs et les psychologues de l'Association française des enfants précoces (AFEP) chapeaute l'ensemble.

Jusqu'à la rentrée dernière, l'école était pour ces vingt-cinq enfants synonyme d'isolement, de rejet, de moquerie, voire d'échec scolaire. Tous viennent de l'enseignement public, avéré inadapté; certains suivaient les cours du CNED (cours d'enseignement à distance). Tous ont une grande soif de reconnaissance, de respect, de liens et de savoirs.

« Ce qui est bien, c'est qu'ils ont constitué une fratrie où ils peuvent mutuellement se réconforter, se rassurer. Mais ce qui est aussi bien, c'est qu'à l'interclasse, tous les 6e se brassent et jouent ensemble », constate, ravie, Martine Bénezet. Une maman confirme: « Mon fils s'éclate. Il va mieux, se sociabilise et s'intègre. La seule remarque entendue dans la cour a été ils sont petits cette année les 6e!»

OUVERTURE
Johanna, Clément et les autres suivent le programme de leurs copains d'interclasse. Ici, on vise l'épanouissement, pas la performance. Dans la même optique, le saut de classe sera exceptionnel et examiné au cas par cas. Des 6e, pas des surdoués.

Parce que ces enfants plus que d'autres intellectualisent, l'accent est mis sur l'expression corporelle. Un comédien vient deux fois par semaine animer un atelier théâtre. « Hyper-émotifs, ces enfants se blindent et se replient ». Parce qu'ils présentent fréquemment des problèmes de dysgraphie, les 6e C suivent un atelier calligraphie pour aborder autrement l'écriture. L'atelier d'origami a remporté également l'adhésion des élèves, conciliant avec élégance réflexion et réalisation. La pluridisciplinarité et l'ouverture sont deux mots clés pour tenter de répondre à la curiosité et à la vivacité de ces enfants, peut-être plus curieux, pertinents, insatiables, impatients et exigeants que la moyenne.

Les étudiants de l'Ecole de journalisme de Toulouse en savent quelque chose. Une fois par semaine, ils rencontrent les 6e C et bossent avec eux sur des journaux thématiques. Les idées fusent et les « petits » ne sont pas loin d'épuiser leurs interlocuteurs, pourtant aussi enchantés de l'expérience que la conseillère pédagogique: « La confrontation apprenant/apprenant s'avère pertinente et efficace pour ces enfants, critiques face aux détenteurs de savoir. »

A la rentrée prochaine, une nouvelle 6e EIP prendra le relais. Cette classe affiche déjà complet. Par souci d'équilibre et de mixité, Montalembert se refuse toutefois à doubler la mise. « Nous ne voulons surtout pas devenir un établissement spécialisé!», s'exclame Martine Bénezet.

Myriam LAFFONT


Toulouse, parmi les pionniers en France

En France, près de 400.000 enfants sont intellectuellement précoces, soit un élève par classe de 25. Dans le secondaire, un précoce sur trois est en échec scolaire. Des réalités auxquelles tout enseignant sera confronté au cours de sa carrière. « Et pourtant, il y a encore des inspecteurs d'académie qui prétendent fermement que la précocité n'existe pas... », regrettent les sept enseignants de l'Education nationale qui constituent le Groupe académique de recherche sur la scolarité des enfants précoces (GARSEP). Créé en juin 2000 en Haute-Garonne, ce groupe est le seul à être cautionné par l'Education nationale.

La tâche n'est pas pour autant facilitée, « en raison même de la défaillance de l'école publique qui ne prend pas systématiquement en compte cette différence et peut alors exclure ». Les a priori, de l'entourage familial comme de la communauté éducative, ont la peau dure et les enseignants manquent de repères. Dans ce contexte tangent, le Garsep révèle des dysfonctionnements: « C'est un psychologue scolaire qui soit- disant teste un enfant susceptible d'être précoce. En fait, il lui fait faire un dessin!»

SENSIBILISATION
Afin de sensibiliser l'ensemble de la communauté éducative de l'académie, le Garsep organise régulièrement des conférences thématiques. Dernièrement, au lycée Charles-de-Gaulle de Muret, le psychanalyste Philippe Chamont s'est penché sur « L'identification des enfants et adolescents intellectuellement précoces ».

Sur cette dynamique de réflexion, le Garsep met actuellement en place un site internet, toujours avec l'aval de l'Education nationale, via l'IUFM de Toulouse. Cet outil devrait amplifier les premiers contacts pris hors de l'hexagone.

Dans l'immédiat, les enseignants intéressés peuvent laisser un message dans le courriel suivant : garsep@ac-toulouse.fr

La dépêche du Midi