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03 mars 2008

Les Femmes et le sida en France



Les inégalités sont à l’origine des vulnérabilités des femmes face à l’infection à VIH/sida, en particulier dans les comportements de prévention.

Les femmes sont vulnérables au VIH non pas pour des raisons biologiques mais parce qu’elles sont victimes de l’environnement social dans lequel elles vivent. Soumises à des situations inégalitaires dans le cadre domestique, éducatif, professionnel, elles sont fragilisées et rencontrent des difficultés pour imposer le préservatif dans une relation. Le VIH doit être véritablement regardé sous l’angle de la vulnérabilité des femmes, insiste Nathalie Bajos, directrice de recherche à l’INSERM, qui a participé à un colloque organisé par l’ANRS sur les femmes et le sida en France. France Lert, également de l’INSERM, complète le tableau. Par rapport à la population générale, les femmes séropositives sont moins ancrées dans la vie professionnelle et sont plus nombreuses à vivre des minima sociaux. Elles consomment plus de substances psychoactives et 27 % d’entre elles ont fait une ou des tentatives de suicide.

Cependant, pour Nathalie Bajos, il ne faut pas être misérabiliste. Grâce à des campagnes de prévention, l’éducation, l’accroissement des ressources financières des femmes, on sait que les choses peuvent changer. Ce n’est pas inéluctable. La responsabilité des politiques est donc engagée, comme l’ont souligné d’une même voix Marie-George Buffet, présidente du groupe d’Etudes sur le sida à l’Assemblée nationale et Christiane Taubira, députée de Guyane. Celle-ci précise : Je ne pense pas qu’une loi soit la solution la plus adéquate pour régler les problèmes de logement ou de précarité qui touchent les femmes, mais de vraies politiques publiques doivent être engagées.

Jean-Luc Romero, président d’Elus Locaux Contre le Sida (ELCS), insiste pour sa part sur le préservatif féminin. On en distribue environ 1 million en France, mais c’est totalement insuffisant. Les élus doivent s’engager au niveau local en favorisant sa distribution dans les mairies comme dans les centres sociaux. Jean-Luc Romero évoque aussi les traitements anti-VIH qui provoquent des effets indésirables absolument insupportables pour les femmes séropositives, comme les lipodystrophies et les lipoatrophies, et demande le remboursement systématique des opérations de chirurgie esthétique.

Présente au colloque, Charlotte Valandrey (photo), comédienne et auteur de L’Amour dans le sang*, a apporté son témoignage de femme séropositive.

Les femmes séropositives se sentent exclues. Elles sont fatiguées, déprimées et se cachent car le sida est encore tabou. Au bout de 30 ans d’épidémie, c’est insupportable ! Aujourd’hui, je suis en colère quand je vois des dentistes ou des gynécologues refuser de s’occuper de femmes séropositives. Si la médecine a fait beaucoup de progrès avec la découverte de molécules nous permettant de vivre longtemps, d’avoir des enfants, il faut à présent se battre pour faire évoluer les mentalités. J’espère aussi que les molécules finiront par être de moins en moins nocives pour notre corps, pour notre féminité. Enfin je trouve dommage de devoir demander la COTOREP pour pouvoir survivre. J’espère que des réformes vont être faites, vite !

Le colloque « Les femmes et le sida en France » s’est déroulé mardi 19 février à l’Assemblée nationale. Organisé par l'ANRS, il a rassemblé élus, chercheurs, décideurs en santé publique et représentants associatifs. Un numéro spécial de la revue Médecine/sciences, première synthèse de travaux en sciences sociales et santé publique consacrés aux femmes face à l'infection par le VIH, rendu public à cette occasion, sera publié le 8 Mars, à l'occasion de la Journée internationale des droits des Femmes.

Alain Miguet

*L’Amour dans le sang, Le Cherche Midi éditeur, 2005

Le site de l'ANRS